Newsletter juin 2017

En ce début d’été, quelques nouvelles de Makan El Tawasol. Les nouvelles sont toutes assez fraîches car nous – Stéphanie et Stéphanie- sommes revenues de Bethléem à la fin du mois d’avril.

Tout d’abord, nous tenons tout particulièrement à partager l’immense fierté qui nous a habitées lors de ces quelques jours à Bethléem. Fierté de voir, sentir et ressentir nos collègues toujours présentes et investies dans le projet, dans un contexte toujours plus enfermant, destructeur et détruit : elles tiennent et font durer la possibilité pour les familles de jouer, d’être en lien et de côtoyer le plaisir. Fierté de les voir collaborer de manière respectueuse les unes envers les autres et de les entendre raconter chacune les chemins personnels qui les ont menées à cette adaptation et cette collaboration. Les moments de réunions individuelles et groupales avec les collègues palestiniennes ont souligné la force, l’adaptation et la continuité recherchées et nécessaires pour faire durer Makan El Tawasol, tant dans leur esprit que dans l’environnement palestinien.

La dynamique de groupe est bonne; chacune des employées a un rôle complémentaire. Elles nous partagent individuellement que le travail à Makan El Tawasol leur apporte une ouverture et une manière d’appréhender leur vie personnelle. Le projet a donc un impact sur leur vie privée. Il nous semble alors que la première étape est accomplie; elles ont intégré, personnellement et à leur manière, les bases de Makan El Tawasol et vont alors pouvoir transmettre cela aux visiteurs, comme nous l’avons fait avec elles.

Ce projet est devenu une vraie petite entreprise et participe à l’économie de cette petite ville. Il génère en effet du travail aux employées fixes (Mariam, Lamia, Hiba), à la remplaçante (Amal), aux intervenants (Lisa et Bachir), au chauffeur de taxi (Hani Bassem), à la comptable (Arwa Shomali). Enfin, il as- sure le loyer au propriétaire de l’appartement (Costa Neno).

Nous avons ressenti que le projet était dans une période apaisée. Les difficultés administratives étaient abordées sereinement, avec des marches à suivre connues, le projet étant de plus en plus clair et établi au niveau administratif également (les employées savent où et à qui elles doivent s’adresser). Les difficultés de collaboration qui avaient été relevées quelques mois après notre départ ont à présent trouvé des chemins pour s’apaiser également, chacune des collaboratrices ayant réfléchi et trouvé des solutions pour faire différemment. Les collaborateurs indirects (Arwa, Lisa, Bachir, Costa) ont tous fait de très bons retours et ont relevé la bonne entente avec l’équipe. Les familles et les enfants trouvent leurs repères relationnels et temporels pour venir à Makan El Tawasol. C’est une période sans urgence… et cela fait du bien !

Nous avons été accueillies avec une fête d’anniversaire de Makan El Tawasol. Et oui ! 3 ans déjà ! Les collègues palestiniennes avaient organisé une petite fête, avec des animations (une jeune chanteuse, un rappeur) et un moment officiel pour présenter le projet et ses buts aux nouvelles familles. Nous avons également eu l’occasion de remercier et féliciter nos collègues pour le merveilleux travail accompli, encourager les familles à venir jouer et se rencontrer à Makan El Tawasol et expliciter le travail fourni en Suisse par le comité pour faire perdurer cet espace. Nous avons pu voir les enfants et leurs parents réjouis, avec le plaisir d’être là, présents et de participer à la vie de ce lieu. Même les enfants croisés dans la rue ont prouvé la force du plaisir que Makan El Tawasol leur procure : ils avaient un regard émerveillé et réjoui en évoquant leurs visites.

Après ce séjour, nous ressentons une double légitimité: celle du projet qui a pour but de soutenir les liens intergénérationnels et sociaux en Palestine, et notre « légitimité individuelle ». En effet, plusieurs personnes nous ont parlé des liens parents-enfants qui se déchirent, qui se perdent en raison de la situation de conflit : impuissance des parents face à certaines situations de violences vécues par les enfants, humiliation des parents par l’armée et les soldats devant des enfants, méfiance des uns envers les autres (complots, corruption,…), réussite claire du gouvernement militaire israélien qui sème la division au cœur-même de la société palestinienne.

Ce que propose Makan El Tawasol  à travers le soin porté aux liens et au plaisir d’être ensemble a donc une place privilégiée et paraît tout à fait pertinent dans un tel climat. De plus, notre place à nous, Stéphanie et Stéphanie, nous apparaît aussi comme plus légitime. Dans cet environnement marqué par la colonisation, notre rôle a été de semer, laisser fleurir et transmettre quelques graines. Etre en position de retrait face à ce jardin de yasmin et de majnouné (bougainvilliers) en train de pousser et l’accompagner à distance nous éloigne de cette position de « colon moral », et c’est ce à quoi nous aspirions dès la conception du projet.

Enfin, l’expérience de la continuité vécue par nos collègues palestiniennes à travers ce lieu qui dure depuis 3 ans et à travers notre lien amical et professionnel est à souligner. Dans un endroit du monde où rien n’est stable et où la tendance est à la destruction, la « durabilité » ne trouve pas toujours de résonance. Cela nous a d’ailleurs beaucoup surprises quand nos collègues nous ont partagé leur étonnement que le projet continue alors que nous habitons désormais en Suisse. Elles imaginaient qu’une fois installées, nous oublierions la Palestine, Makan et cette partie de notre vie. Ce retour nous touche d’autant plus car il nous montre l’importance de croire au lien durable et qu’il a un sens; il permet à la personne en face de faire l’expérience de la continuité et donc, de la confiance.

Nous ne nous attendions pas à un bilan aussi positif en arrivant lors de cette deuxième visite à Bethléem depuis notre départ. Nous sommes très touchées par la tournure que prend le projet. Makan El Tawasol grandit, prend de l’ampleur et de la consistance avec Mariam, Lamia, Hiba et Amal qui, elles aussi, évoluent et se renforcent.

Juin 2017, Stéphanie Rudaz