2014

Avril – juillet 2014

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

AL AQSA SUR LE MUR…

 

Salam arrive pour la deuxième fois à Makan. Cette fois-ci, la première que je le vois, il accompagne sa petite sœur et ses cousins. Ils sont six à remplir les pièces de jeux, de mouvement et d’art. Il semble avoir un malentendu par rapport à son âge ; la dernière fois, Salam avait 14 ans. Aujourd’hui, deux jours plus tard, il en a 16, et il vient donc tout seul, représentant la figure adulte, responsable, accompagnant les plus petits de sa famille. Il est toujours très mystérieux de comprendre comment un enfant grandit si vite en si peu de temps, mais Salam semble persuadé de son âge…

 

Dans les différentes pièces, Salam se lance dans les jeux, qu’ils soient de mouvements, de société, de construction. Il touche à tout. Il demande à danser le « dabké », la danse traditionnelle palestinienne, réitérant alors sa demande de proposer des cours de Dabké à des jeunes adultes dans les locaux de Makan. Nous y réfléchirons.

 

Salam arrive dans la salle d’art. A ce moment, je jongle avec les pots de peinture pour satisfaire les besoins colorés de la plus petite du groupe. Salam me demande alors s’il peut peindre, me disant qu’il souhaite peindre le mur (le Mur de Séparation). Il se munit d’un pinceau, de gouache couleur noir et se lance dans la trace du mur. Pendant qu’il peint, il est concentré et me surprend même de quelques comportements de petit enfant qui s’amuse à décrire l’image qui loge dans sa tête.

Les quatre coins de sa feuille A3 sont habités par le tracé du mur, mais sur le quatrième, il rajoute quelques formes arrondies, puis change de couleur pour puiser dans l’or.

Quelques secondes plus tard, il prend un peu de recul et reste silencieux. Je l’observe contemplant son œuvre, puis il me regarde et se met à me parler. Il me dit que le mur qu’il a dessiné, c’est celui qui entoure la Palestine et Jérusalem et que sur les hauts des pans de mur, tout à fait très bien reproduit, très haut avec un trou au sommet des pans, il y a des barbelés. Je le questionne alors pour savoir si la trajectoire de son mur et la représentation qu’il en a fait existe telle qu’elle dans la réalité et il me répond «  Oui, c’est à Aïda ! » (Aïda est un des trois camps de réfugiés dans la ville de Bethléem, entouré du Mur de Séparation et donc celui qui est le plus souvent touché par des attaques de l’armée israélienne ou par l’entrée illégale de cette dernière dans ces quartiers). Alors qu’il commence à me parler de ce camp, de sa géographie et de ses caractéristiques, je lui demande si il y va régulièrement. Il me répond par la positive. Sachant ce que les jeunes garçons de son âge, appelés les Shebabs, vont y faire, je lui demande si lui aussi va jeter des pierres. Il me répond que oui, qu’après l’école, lui et ses copains, keffieh sur la tête ou autour du cou, s’arment de pierres et vont les lancer sur les miradors israéliens postés au dessus du mur.

Bien que c’est une réalité dont j’ai connaissance, celle des jeteurs de pierres, je me sens alors toute petite, et certainement très impressionnée par ce jeune garçon qui me parle de tout cela, de son quotidien fait d’école, d’apprentissages et de batailles.

 

Peut-être par protection ou par peur pour Salam, je lui dis « bêtement » qu’il est dangereux d’aller se confronter aux soldats, que ces derniers peuvent à tout moment descendre de leur tour ou alors tirer sur l’un d’entre eux. La réponse de Salam est simple, peut-être un peu naïve et enfantine, mais pleine de force. Il me répond : «  ils ne descendront jamais, on est bien trop nombreux, ils ont peur ! » Je ne trouve pas de quoi répliquer. Salam est tellement convaincu par sa force que j’ai envie de la lui laisser à 100 % à ce moment là.

 

 

 

Je reviens sur son dessin et lui demande, avec mon idée sur la question, quel est le monument orné de jaune. Fier, il me dit qu’il a dessiné Al Aqsa, que la Mosquée se trouve de l’autre côté du Mur, mais qu’elle est à eux, les Palestiniens. Encore une fois, dans sa voix, une énergie et un optimiste communiquant un vrai désir et envie de pouvoir atteindre ce rêve, un jour !

Alors que nous nous étions arrêtés sur la Mosquée, il me demande de faire un autre dessin. A présent, c’est la Mosquée, à part entière, qui apparaît, sans mur, juste elle, majestueuse, prenant tout l’espace de la feuille. Il y rajoute sur les côtés quelques inscriptions en arabe, nommant Jérusalem comme étant la Palestine.

Salam m’étonne. Il était il y a quelques minutes en train de s’éclater dans des jeux d’enfants, de se défouler avec son corps, tout en ayant un œil sur sa petite sœur et ses cousins, puis le voilà qu’il me dévoile sa facette politique, ses convictions, ses actions, ses idéaux, ses rêves pour son pays. Salam est dans l’entre deux ; l’entre deux des âges, oscillant entre l’enfance et la vie d’adulte, l’entre-deux des rêves, où tout est permis, où les sentiments de puissance, d’inviction et de « tout est possible » sont à leur apogée, avant de laisser place dans quelques années à l’espérance, plus douce et moins explosive. Salam est entier, comme on peut l’être à son âge, portant dans son cœur toutes les opportunités de modifier les choses, de les rendre meilleures, plus belles et plus justes.

 

Je lui demande si il a déjà vu la grande Mosquée à Jérusalem, il me répond qu’il y a été durant Ramadan. Comme il est encore un enfant, il peut y aller sans permission, mais il doit être accompagné. Il m’explique alors qu’il y va parfois avec son oncle, ou même seul – les années précédentes durant le temps de Ramadan, l’armée israélienne ne contrôle pas tous les papiers-. Salam n’a jamais pu aller prier à Al Aqusa avec son papa, car ce dernier a été emprisonné durant une décennie et cela l’empêche à présent de se rendre en Israël.

 

Salam s’attelle à présent à un troisième dessin, au crayon cette fois-ci. Sur sa page blanche, il écrit « le sel et l’eau créent la Palestine ». Il explique que c’est une chanson connue traditionnellement et que le sel et l’eau symbolisent la mer morte. Mer qui est à la Palestine, mer qui est remplie de sel, qui rend les êtres vivants dans son milieu morts, mais mer qui reste vivante dans les cœurs des Palestiniens comme étant une de leur propriété, un trésor leur appartenant depuis la nuit des temps.

 

Salam s’en ira ensuite jouer à d’autres jeux, en compagnie de ses cadets.

 

Quand il partira de Makan ce jeudi-là, il laissera de lui bien plus que ses deux dessins accrochés au mur de la pièce d’art. Il laissera en moi la trace d’un jeune garçon plein de vie, plein d’amour pour ses prochains et pour son pays, qui a besoin de jouer, de bouger, et qui profite de Makan pour (re)-trouver un équilibre entre son enfance qui se couche et sa vie d’adulte qui s’éveille. Un jeune garçon qui croit à la justice et à la liberté pour son peuple, qui cherche à faire respecter son identité et son existence et qui, à travers le dessin et le dialogue, me le partage.

 

 

 

 

Escargot

 

Nour est revenue pour la deuxième fois.

Nour est une petite fille de 7 ans, venue la première fois avec sa maman. Arrivée avec une histoire lourde de douleurs et d’impasses dans laquelle la famille se trouve.

Nour a des difficultés à l’école et dans la société. Ces mouvements trop nombreux l’empêche d’apprendre, la rende différentes. Il n’est pas rare d’entendre les autres la traiter de « folle » lorsqu’elle joue. Ils sont venus à Makan indiqué par la thérapeute de Nour qui connaît Makan.

Pourtant la maman sur un ton désespéré nous dira que Nour est une fille brillante, intelligente et éveillée.

Dès le premier contact avec Nour je me sens à l’aise et aime la dynamique de cette fille dans le jeu, qui regarde le monde avec deux énormes billes brunes et qui me sourit de manière a apaiser mon cœur.

Cependant il est vrai que Nour a drôlement de la peine à se poser dans les jeux et il est dur de la rencontrer autrement quand la suivant dans son énergie.

Rythme rapide !

C’est en cela que le cadre de Makan permet cette  liberté. On peut laisser Nour naviguer dans son rythme, diriger ses mouvements et la cadence de ses jeux. Cela ne pose pas de problème. Sans jugements nous la laissons être comme elle veut. Et le cadre de Makan permet vraiment cela, car les rythmes différents ne gênent pas, ne provoquent pas de déséquilibre. Chacun peut être où il veut, comme il veut.

Rythme laissé !

Ce jour son papa est là, Nour et la ribambelle d’enfants qui l’accompagne viennent dans la salle de mouvement, le papa s’assied sur le rebord de la fenêtre. On joue avec les cordes. On tire, on saute, on emmêle, on fait des chemins…Les jeux sont dynamiques et  vont dans tous les sens. Excitation du mouvement, excitation du groupe.

Nour est là puis repart, puis revient, puis repars.

Lorsqu’elle vient je m’amuse à être dans sa dynamique ce qui donne des mouvements grands qui remplissent la salle, qui débordent souvent et qui me font me re-trouver proche d’elle peut-être même que parfois je l’envahis. Elle me regarde surprise à des moments, elle repart parfois, où s’agite un peu plus, alors je m’amuse, varie mes élans, mes tonus…Je me sens excitée souvent et comme une puce électrique c’est bien agréable.

Rythme rejoint !

Le jeu est particulier avec elle. Je la suis et en même temps parfois je m’oppose, par mon énergie que je mets en opposition à la sienne. Un dialogue d’énergie se forme, nous nous rencontrons là dans le mouvement autrement. Mais cela reste court, rapide, Nour continue ces allers-retours.

Rythmes imposés !

La salle se vide peu à peu, les jeux deviennent plus calmes.

Ils restent deux enfants et le papa toujours assis. Je me retrouve au sol à enrouler ma corde comme un escargot puis une deuxième et une troisième.

Nour arrive me regarde s’assoit et apprend vite à entourer la quatrième la cinquième jusqu’à la vingtième…

A quatre nous construisons un escargot géant multicolore.

Nour sera resté là, mine de rien,  20 minutes sur cette même activité, concentrée devant son papa qui la regarde d’un œil  bienveillant et content.

Rythme trouvé !

Ce cadre donné à Makan qui permet ainsi une liberté de rythme, de mouvement, de jeux permet aussi ainsi la rencontre, le lien lorsque nous professionnelles nous pouvons observer, accueillir ces différences de chacun sans vouloir les retenir. Tous « les rythmes, tous les mouvements, tous les jeux sont permis » ! Ainsi les rythmes différents et la créativité de chacun laissée libre et  sans contraintes particulières provoque ces rencontres lumineuse et émouvantes.

Rythmes partagés !

 

 

 

 

 

LES LIMITES, PARFOIS, INSUPPORTABLES

 

Je crois difficilement que la totale liberté soit bénéfique pour l’individu car l’immensité des possibilités le plonge dans un océan qui donne le vertige.

Pour jouer, pour que le jeu se passe, il faut des règles, des limites, un cadre. Il peut être pour certains esprits contradictoires d’associer « jeu et interdits » et pourtant, comme le dit Alice dans son merveilleux pays, « sans règles, le jeu n’existe pas ». Il serait, il est sûr, bien plus acceptable de laisser libre cours et la totale liberté à la personne qui se lance dans le jeu, de ne pas lui imposer des limites. Cependant, dans la vie comme dans le jeu, l’enfant a besoin de limites auxquelles se confronter pour construire petit à petit sa personnalité et son intégrité

Il est d’autant plus difficile d’associer ces deux termes dans un état où la Liberté est bafouée, où ses rêves sont brisés en permanence, par l’ennemi ou par le voisin qui ne peut accepter l’individualisme naissant d’un d’entre eux.

Certaines personnes diront : « oh, la vie ici- en Palestine- est déjà assez difficile ainsi, laissons-les faire ce qu’ils veulent à ces enfants. Je ne peux leur interdire ce qu’ils me demandent ! ». La culpabilité des parents face à la situation qu’ils « imposent » à leur descendance est parfois trop grande, alors les barrières des limites se baissent pour répondre à toutes les demandes de leurs enfants. Et nous voilà face à des enfants qui ne comprennent pas les règles, et ne peuvent les accepter.

 

Cet après-midi là, nous accueillons Hamzé et ses cousins. Hamzé a 15 ans, un jeune adolescent qui vient accompagné de sa tante. Hamzé aime venir jouer à Makan, il donne beaucoup d’énergie dans les jeux de mouvements et à chaque venue, son visage ruisselle de quelques gouttes de transpiration. Hamzé aime les gros ballons, les lancer, les jeter. Il les demande à chaque fois, même lorsqu’ils ne sont pas disponibles. Quand il n’y a pas beaucoup d’enfants, nous remplaçons l’objet présent dans la salle par les ballons, mais s’il y a trop de monde, les ballons sont des objets bien trop excitants pour l’espace à disposition et pour pouvoir jouer ensemble.

A l’arrivée d’Hamzé, il y a quelques ballons dans la salle de mouvement; il me demande le gros ballon, que je lui donne, en lui expliquant que si d’autres enfants viennent, nous le rangerons. Il est d’accord. Quelques minutes plus tard, de nouveaux enfants entrent dans la salle de mouvement, et je regarde que l’objet ballon est toujours adéquat au groupe et à l’espace, en avertissant plusieurs fois Hamzé de ne pas heurter les autres avec ses lancer. Au fil du temps, les nouveaux arrivants et l’espace se réduisant, j’essaie de proposer un jeu tous ensemble avec le gros ballon. Mais cela ne dure que quelques instants et Hamzé veut reprendre possession du ballon pour jouer comme il le souhaite. Ce scénario se reproduit plusieurs fois, et je dois finir par ranger le ballon, laissant d’autres objets roulant à disposition.

A ce moment là, je dois m’absenter de la salle de mouvement. Lorsque je reviens, à ma grande surprise, je découvre que le gros ballon est à nouveau ressorti. Je demande des explications et comprend que c’est Hamzé qui a pris l’initiative de le sortir. J’explique fermement à Hamzé qu’il ne peut pas agir ainsi, que c’est nous, les professionnels présents qui nous occupons du matériel et que si nous estimons qu’il faille changer les objets, nous le faisons. De plus, il est interdit de rentrer dans le hangar des objets. Mais cette fois, Hamzé est touché dans son amour propre. Il n’accepte pas la limite, il se tend, se referme, reste quelques minutes à « zoner » dans les différents espaces, puis lance le mouvement de départ à ses cousins. Sans raisons et sans explications données à ces derniers, ils s’en vont.

Je reste très étonnée de ce mouvement soudain, mais continue à être présente aux personnes autour de moi.

 

A la fermeture de Makan, en rangeant les pièces, la sonnerie extérieure retentit plusieurs fois. C’est Hamzé et ses cousins qui veulent revenir. Je leur dis qu’à présent il est trop tard, qu’ils peuvent venir la prochaine fois mais ils ne veulent pas entendre ma réponse. Ils insistent et sonnent et « re sonnent ». Ils ne s’arrêtent pas, ne veulent pas accepter les limites que je leur donne. Ils font des allers-venues devant la porte, criant et sonnant.

Après quelques minutes de répits, alors que nous sommes toujours affairées à ranger, un bruit étrange se fait entendre. Nous sortons sur le balcon et nous constatons que des œufs ont été lancés sur notre balcon. Nous ne voyons plus d’enfants dans les alentours mais pouvons supposer qu’Hamzé et ses cousins ont mis un point final à leur jeu en lançant leur projectile.

 

Après toutes ces aventures, j’ai ressenti beaucoup de déception ; nous offrons un endroit pour venir s’amuser, où la liberté est présente, en étant encadrée, et ce qu’on récolte sont des œufs pourris.

Et cet épisode me relie à mon point de départ; les limites, le cadre et leur importance.

De plus, il est sûr que cela pourrait arriver partout dans le monde, mais une fois de plus, le mot « RESPECT » me vient à la bouche et toutes mes interrogations autour de celui-là. Et ma question s’étend à la situation vécue par les Palestiniens : Comment peut-on respecter les autres si l’on n’est pas soi-même respecté dans son groupe ? dans son peuple ? dans le monde ?

 

Le système éducationnel ; l’intrication complexe de ce qui est extérieur et dû à l’Occupation et de ce qui est interne à la population et à sa culture.

 

 

 

 

Accueillir

Introduction

Depuis le début de l’année nous collaborons avec la HES-Valais. Huit étudiantes dans le secteur « travail social » se sont engagées dans un module libre. Elles collaborent alors avec l’Association « Espace-Liens » Palestine et nous aident sur différent plans ; la recherche de fond, la communication à travers le site internet et des événements créés en faveur de l’Association et également un travail comparé entre Makan El Tawasol et la Maison Soleil à Sierre (une maison verte).

Il y a eu toute une première partie en Suisse, pour les étudiantes de prendre connaissance de l’Association, de ses activités, de son fonctionnement. Elles ont rencontrées plusieurs fois le comité.

Puis ce mois de mai, les huit étudiantes sont venues ici à Bethléem.

Nous avons passé une semaine ensemble.

Elles ont découvert Makan mais aussi le contexte, la culture, le peuple et la magie de ce pays.

Entre récolte d’images à Makan, participation à des accueils, institutions visitées, rencontre de personnes, mariage, visite de villes nous n’avons pas eu le temps de nous ennuyer. Nous avons passé une semaine magnifique.

Leurs yeux, nouveaux, dans son contexte, leur ouverture, leurs motivations, leurs élans, leurs questionnements. Huit énergies qui nous ont remise en question, qui nous ont valorisé, qui nous ont questionné et qui nous ont permis de renouveler notre regard sur notre travail.

Au milieu de cela, deux  étudiantes font ce travail comparé avec une méthodologie rigoureuse et elles nous ont interviewée et décortiqué nos mouvements d’un moment bien précis à Makan ; l’accueil.  Nous avons alors eu l’occasion de penser  et de partager le sens du moment de l’accueil à Makan…

Cela a donné une profondeur au geste qui devenait quotidien. Une profondeur de notre réflexion sur ce moment clé.

 

L’accueil

On sonne…

J’appuie sur l’interphone, j’ouvre la porte du bas…Des cris d’enfants du fond de l’interphone qui crient « C’est ouvert ! »

J’ouvre la porte d’entrée. J’attends. Je crie bonjour dans les escaliers, comme par excitation d’accueillir les gens qui arrivent. Comme par excitation de savoir qui arrive, essayer de reconnaître les voix…

Ils arrivent. Je serre la main à tout le monde, peut-être je ferai la bise à la maman, ou simplement regarderai un papa dans les yeux lui adressant verbalement un bonjour…

Premier contact physique, ou verbal que j’aime offrir, qui spécifie leur arrivée…Un premier contact où je peux sentir la relation avec l’autre. Premier contact qui fait sentir dès l’entrée où on en est dans la relation. Premier contact informel qui me permet de rentrer dans l’accueil.

Je les invite à aller dans le couloir pour enlever les chaussures. Les enfants attendent déjà devant le tableau blanc, ils connaissent le rituel.

Certains se gênent d’enlever les chaussures, tournent là en rond dans ce couloir, ne sachant pas ce que j’attends d’eux. D’autres se collent aux jambes de leur maman. Un autre que j’attrape avant qu’il ne file jouer avec ces chaussures.

On enlève les chaussures.

Pour de vrai on arrive dans ce lieu, on se prépare pour y rester…un instant, une heure, une après-midi.

Puis le rituel des prénoms, emprunté à Mme Dolto.

Je demande un à un aux enfants leur prénom et leur âge que j’inscris sur un grand tableau blanc. Leur prénom ainsi inscrit sera visible durant la période qu’ils seront là. Une place individuelle pour chacun spécifié, visualisé.  Mais également  inscrit dans un groupe d’autres enfants…Puis je note à côté des enfants qui les accompagnent le lien entre l’enfant et son accompagnant…

Visualiser le lien dont on va aujourd’hui tenter de spécifier, de souligner, de prendre soin.

Tout ce moment de rituel, dans ce couloir, enlevant les chaussures et s’arrêtant pour nommer les gens un à un est le moment idéal pour  moi d’observer ce qui se passe dans la relation…De moi à eux, de eux à moi, de eux à eux…

Sentir la distance dans la relation, mes aisances, mes rejets, mes élans… Suis-je proche des parents ? suis-je proche des enfants ? Ai-je des rétissences ? Comment on communique ? Comment eux se distancient, comment ils se parlent, comment ils communiquent ?

Première rencontre !

Suite du rituel…

Si c’est la première fois qu’ils viennent j’accompagne tout ce beau monde dans le bureau, je fais lire les règles aux adultes pour lui même et pour les enfants…

3 points d’or :

–       On ne se fait pas mal à soi,

–       On ne fait pas mal à l’autre

–       On ne casse pas le matériel (si du matériel est cassé , informer les professionnels du lieu.)

  • On enlève les chaussures en entrant dans  le lieu .
  • Les jeux sortis doivent être rangés au même endroit qu’ils ont été trouvés.
  • Les jeux restent et sont utilisés dans la pièce où ils ont été pris.

 

Puis on fait une visite des lieux, nos quatre pièces avec leurs objets différents.

Souvent je les ramène dans le couloir et de cet endroit leur ouvre l’espace, et les invite à trouver leur place dans les lieux…

Ouvrir l’espace, ouvrir le lieu dans le cadre donné.

Un grand moment de liberté donné, parfois pris avec plaisir et parfois il faut du temps pour être d’accord de cette liberté donnée.

C’est un moment délicat où je dois ouvrir et contenir. Laisser libre et entourer. Encourager le mouvement sans l’initier vraiment.

A ce moment je dois supporter les flottements, l’indécision de l’autre, ou je dois totalement écouter son rythme. M’adapter, m’ajuster. C’est leur moment à eux, leur temps pour décider quels élans vont les mettre en mouvement dans ce lieu. A eux à ce moment d’être actifs pour que des choses se passent.

A nouveau moment où pour moi j’observe ce qui se passe dans les relations.

Certains enfants savent tout de suite ce qu’ils veulent faire, ils courent dans la pièce choisie. Puis il y a ceux qui restent la dans le couloir à regarder toutes les pièces et ne pas prendre de décision. Ceux dont la maman qui les poussent dans une des pièces, la maman qui attend que l’enfant choisisse. Et parfois besoin encore une fois que je  renomme les pièces pour qu’un élan parvienne.

Ce temps qui parfois me paraît long est en réalité qu’une partie infime de l’accueil total des personnes, mais comme son nom l’indique, il est le moment clé de beaucoup de chose, le départ des relations, le départ du mouvement, le départ d’une nouvelle aventure, le départ d’une aventure à Makan…

Quand tout le monde est dans une pièce un jeu en main, le rituel d’accueil est terminé. On joue maintenant ! On se rencontre !

 

 

COUSSINETS, JEUX MULTIPLIES

 

Coussinets remplis de graines

De couscous, de riz et de lentilles

D’haricots et de houmous

Etes vous prêts à voyager ?

 

Je vous emmène au pays de la marelle où je prends appuis sur chacun de vous pour arriver à ma ligne finale,

Je joue avec vos couleurs, vos textures,

Je vous plonge dans nos batailles où nous nous lançons des projectiles depuis nos tours de rois,

Je vous transforme en accessoire et « abracadabra, vous voilà Monsieur Chapeau ! »

Je vous nomme à présent «  bulles de savon » et je me fais couler un bain en votre présence dans une bassine

Je découvre vos caractéristiques musicales en vous secouant et en vous tapant au sol,

Je vous empile sur la tête de mon camarade en lui donnant le défi de ne pas vous lâcher sur la route,

Je vous transporte tantôt sur ma paume de main, tantôt sur mon épaule, tantôt sur mon dos, tantôt sur mon ventre, ma nuque ou mon pied,

Je vous lance, passant de main en main, créant l’énergie enveloppante du groupe

Je vous lance sans vous laisser toucher le sol

Je vous amène le plus rapidement d’une maison à l’autre, d’un coin à l’autre de la salle,

Je vous pose sur mon ventre, sur mon plexus, et votre lourdeur m’apaise.

 

J’ai aimé voyager à vos côtés messieurs les coussinets. Vos destinations ont été choisies par le riche imaginaire des enfants d’un samedi après-midi.